Le paté chinois, une scène de La Petite Vie

Paté chinois

« Steak, blé d’inde, patates. » Cette marotte rigolote, répétée sans cesse par la mère de La Petite Vie à la pauvre Thérèse, incapable de préparer cette recette si simple, a fait sourire des millions de téléspectateurs Québécois, pendant les années 1990, à propos d’un de leurs plats préférés : le pâté chinois. Ni pâté, ni chinois (ni absolument québécois), ce plat a pourtant été élu mets national du Québec par le journal Le Devoir, à la suite d’un vote des lecteurs et d’une consultation d’experts tant politiques que gastronomiques réalisée en 2007.

Il partage bien des ressemblances avec le hachis parmentier français et des plats anglo-saxons comme le shepherd’s pie ou le cottage pie. Pourtant, ses origines précises restent nébuleuses. Est-il lié à l’alimentation d’ouvriers chinois sur les chemins de fer du 19e siècle? À une spécialité de la bourgade de South China, dans le Maine, où travaillaient des Québécois émigrés? Doit-il plutôt son nom à l’usage du riz dans certaines recettes recensées au début du 20e siècle? Serait-il dû plutôt à l’arrivée du bœuf haché et du maïs en conserve dans les supermarchés, au tournant du 20e siècle, offrant une combinaison d’aliments accessibles et peu coûteux? Nul ne le sait vraiment.

Chose certaine, ce mets facile à préparer, constitué d’une couche de bœuf haché poêlé, surmonté de maïs en grains ou en crème et de pommes de terre en purée ou pilées, est omniprésent sur les tables d’ici. Sans compter sa présence dans bien des romans, pièces de théâtre, essais anthropologiques, etc.

Signe certain de son importance dans le patrimoine alimentaire québécois, il trouve de nombreuses variantes dans la cuisine maison, les végétariens remplaçant la viande par les légumineuses, d’autres ajoutant carottes et autres légumes au mélange, d’autres encore métissant le bœuf haché en y ajoutant des épices mexicaines. De même, il a aussi fait l’objet de nombreuses versions gastronomiques, où la pintade, le canard, voire le cerf, viennent lui donner un surcroit de noblesse. Entre le réconfort des soirs de semaine et le plaisir des grandes tables, il exprime autant l’histoire que le bonheur familial et les courants partagés de la cuisine d’ici.

Photo : Michel Tremblay, photographe - avec autorisation de diffusion par Avanti Ciné Vidéo