Video interview with Claude Fischler about the importance of food to our identities.
Durée de la vidéo : 01:31
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Transcription: 

Monsieur Claude Fischler, sociologue au Centre national de la recherche scientifique (CNRS), s’adresse directement à la caméra.

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Le patrimoine culinaire ou alimentaire, l’alimentation en général, c’est quelque chose d’absolument essentiel dans la constitution des identités, c’est-à-dire que un, nous sommes ce que nous mangeons, dans toutes les cultures, on dit ça. Ça veut dire quoi ? Ça veut dire que, si je mange du lion, je vais bondir comme un lion, avoir le dynamisme d’un lion, etc. C’est ce qu’on me dit en général le matin quand j’arrive au bureau : « Tu as mangé du lion aujourd’hui ». Donc je suis ce que je mange. Si je suis ce que je mange, j’ai intérêt à savoir ce que je mange, et ceux qui mangent la même chose que moi partagent, en somme, cet effet qu’a l’incorporation du même objet. Et puis ceux qui mangent autre chose, bien ma foi, ils sont extrêmement différents. Donc nous nous reconnaissons entre nous, ceux qui mangeons la même chose et nous avons tendance à rejeter celui qui ne mange pas la même chose. Par exemple, les Anglais nous appellent, nous autres Français, les Frogs ; nous les avons baptisés depuis au moins le XVIIIe siècle les Roast beef. Les Allemands sont pour nous des mangeurs de pommes de terre, pour les Américains, des Krauts, des mangeurs de choucroute, et ainsi de suite. Donc ce qui se passe, c’est que nous nous incorporons dans un groupe en partageant la nourriture spécifique de ce groupe. Et nous nous incorporons aussi dans un univers, même dans le cosmos parce que nous partageons la même vision du monde. Et, évidemment, l’autre, c’est celui qui ne partage pas cette vision-là et qui ne partage pas ce même aliment. 

Chacun ses goûts

Dis-moi ce que tu manges et je te dirai qui tu es. On le dit bien souvent. Mais, comme le sociologue du Centre national français de recherche scientifique Claude Fischler l’indique, ces choix expriment non seulement notre personnalité, mais aussi notre culture et notre identité. 

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Ce que nous mangeons construit la personne que nous sommes et le milieu dans lequel nous vivons. Nos choix alimentaires sont influencés par les traditions familiales, la culture d’origine et la religion. Ils tiennent aussi compte des modes, de notre situation socioéconomique et ultimement de nos propres goûts et choix alimentaires.

La manière de partager un repas définit également qui nous sommes et notre appartenance à un groupe. Dans une famille, prendre le repas du soir tous ensemble permet de maintenir les liens, au quotidien. Les occasions festives – mariages, anniversaires, fêtes religieuses, préparatifs de Noël – peuvent aussi être l’occasion de réaffirmer l’appartenance à un groupe et les liens de solidarité. Manger la nourriture typique d’un pays invite à la découverte de cette culture. À l’inverse, cela facilite l’intégration des immigrants à la société d’accueil.

Manger, c’est intégrer à notre corps les symboles culturels de cette nourriture. Ainsi, les différentes composantes de notre identité – familiale, ethnique, sociale et religieuse – se font sentir jusque dans nos tripes!